L’aquaponie dans le monde

1-  Le développement de l’aquaponie dans le monde

Selon la FAO, « actuellement plus de 40% des populations urbaines des pays en voie de développement vivent dans des bidonvilles et d’ici 2030, plus de 60% de la population des pays en développement vivront dans les mégapoles ». Ces pays doivent donc relever un double défi : la faim qui s’étend et la croissance rapide du nombre de personnes atteintes de pathologies liées à l’alimentation. Après plus de trente d’années d’études en pointillés, le concept d’aquaponie apparaît de plus en plus comme une ouverture pour le monde agricole dans ces pays, soucieux de la préservation de la ressource en eau du point de vue quantitatif et qualitatif.

Les systèmes aquaponiques existent sous des formes très différentes :

  • L’aquaponie domestique : Bassin Potager, Aquarium Potager et micro-serre familiale pour le jardin, la terrasse ou la cuisine. toits d’immeubles et terrains de collectivités territoriales en agglomération, jardins, parc, écoles; toits de retailers… Echelle du particulier, activité de hobby : par exemple un simple bassin d’élevage associé à un lit de culture végétale sur graviers (Document de référence : FAO 2014),
  • L’aquaponie commerciale à petite échelle : qui vit de sa production mais également d’activités annexes telle que la proposition de formations, de visites de sites, l’écotourisme… on peut trouver ces structures en milieu urbain toits d’immeubles et terrains de collectivités territoriales en agglomération, jardins, parc, écoles; toits de retailers
  • L’aquaponie industrielle : systèmes très sophistiqués incorporant plusieurs bassins de cultures, des systèmes de filtration (mécanique et biologique), d’aération et d’alarmes, installés en milieu urbain ou péri-urbain sur des friches industrielles, ou sur des sites déjà identifiés pour l’aquaculture et sur lesquels il est possible de coupler des cultures végétales, ou encore sur des sites de production maraîchère sur lesquels il est possible d’installer des circuits aquacoles en recirculation.

Aujourd’hui, l’aquaponie fait l’objet d’une activité économique significative au Canada, aux USA (notamment Hawaii), et en Australie, et induit de nombreuses démarches de particuliers initiés par de nombreux supports média sur internet (The Aquaponics Journal créé par Nelson & Pade ; Lennard Aquaponics Solution ; BackYard Aquaponics) et par des publications scientifiques. De récentes publications ont suggéré qu’il existait aujourd’hui plus de 1500 installations aquaponiques aux USA, et 1600 en Australie. Cette technologie est pour le moment surtout utilisée par des particuliers à l’échelle du jardin, tandis que la recherche dans ce domaine s’intensifie depuis plusieurs années. Il existe encore peu de systèmes commerciaux, (The World Aquaculture Society, 2010). On peut citer Cultures Aquaponics inc. et Hydronov (Canada), ou encore des entreprises très récentes comme FarmedHere, Urban Organics ou Florida Urban Organics (Etats-Unis) qui misent sur la production sur ces tablettes horizontales disposées sur plusieurs étages, ou encore GrowUp UrbanFarms et BioAquafarm (Angleterre); par ailleurs, des entreprises de conseil et de conception / dimensionnement de systèmes ont récemment vu le jour, comme Aquaponic Solutions (Australie), dirigé par Wilson Lennard, tandis que d’autres sont spécialisées dans la construction et la fourniture du matériel comme Nelson & Pade Inc.

En Europe, la situation pourrait évoluer dans un futur proche : la résolution 2013/2100(INI) a été adoptée par le Parlement européen le 11 mars 2014 (Mc Intyre, 2014), dans le cadre de réflexions sur l’avenir du secteur horticole en Europe et sur les stratégies de croissance ; cette résolution mentionne que « les systèmes d’aquaponie recèlent un potentiel de production locale et durable de denrées alimentaires et peuvent contribuer, en combinant dans un système clos l’élevage de poissons d’eau douce et la culture de légumes, à réduire la consommation de ressources par rapport aux systèmes conventionnels ». Le parlement européen a également publié un rapport classifiant l’aquaponie dans l’une des « dix technologies capables de changer le monde » (Woensel et Archer, 2014). Au niveau européen, l’aquaculture est couverte par un certain nombre de dispositions dans le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche  (FEAMP), lorsque des entreprises visent «la réduction de l’impact environnemental» et «l’amélioration de la durabilité». Il est fort probable que ce type de financement soit dirigé de la même manière vers l’aquaponie, malgré le fait qu’elle navigue entre deux mondes : l’aquaculture et l’agriculture.

2-  Répartition géographique des aquaponiculteurs dans le monde

Carte
Répartition géographique des aquaponiculteurs (monde et focus USA) Love et al, 2014

D’après une étude basée sur une enquête menée auprès de 809 aquaponiculteurs à travers le monde, 80% des producteurs en aquaponie se trouvent aux USA, ce qui en fait le pays leader dans le domaine. 8% en Australie ; 2% au Canada (Love et al, 2014). Les cartes ci-après décrivent leur distribution géographique [aux USA seulement (figure 6A), puis dans le monde (figure 6B)]. Cette étude est toutefois incomplète en ce qui concerne l’Europe : on peut notamment rajouter pour l’Allemagne ECF Farmsystems à Berlin (business basé sur la production) et pour la Suisse Urban Farmers à Bâle (business basé sur la vente de design de ferme aquaponique)

En France, il n’y a pour l’instant que des porteurs de projet – les plus connus étant le projet Osmose, Aquaponie Valley, Aquaponic Management Project (AMP) en lien avec la Ferme Aquacole d’Anjou qui propose des mini systèmes de jardin « clés en main » – ou des démarches de particuliers passionnés : pas encore de grands systèmes commerciaux à signaler. Il existe également des pilotes expérimentaux, comme en France dans le cadre du projet R&D APIVA ou encore la structure EDAP au Lycée agricole de Guérande, mais aussi INAPRO pour l’Allemagne, ainsi que des programmes européens collaboratifs (COST EU Aquaponic Hub, Ecoponics)…

Une carte mondiale « collaborative » existe, où chacun peut ajouter et localiser son système aquaponique! https://www.google.com/maps/d/edit?mid=zO2DpFcwfVDU.kh4zqKlWskog

Illustration: Grow Up Urban Farm (Londres)
Illustration: Grow Up Urban Farm (Londres)
Illustration: Urban Farmers à Bâle
Illustration: Urban Farmers (Bâle)
Illustration: ECF Farmsystems (Berlin)
Illustration: ECF Farmsystems (Berlin)

Exemples de business model pour des installations commerciales (liste non exhaustive)

Cultures Aquaponics Inc. (Canada) http://www.cultures-aquaponiques.com

Système commercial de rafts en couplage truites/laitues, avec atelier de fumage des poissons sur place. Le propriétaire de l’entreprise, Marc Laberge, vend 6800 laitues et l’équivalent de 1000$ de truites fumées (soit 200 filets environ) par semaine. Son business est viable depuis 8 ans, et il vend désormais son savoir-faire à travers des franchises. Il serait intéressant toutefois de connaître la part de la production dans la rentabilité du business.

Marc Laberge

FarmedHere (USA) ; http://farmedhere.com

Occupant une surface de 13935 m² dans un entrepôt abandonné dans la banlieue de Chicago, cette ferme unique en son genre est un exemple spectaculaire d’aquaponie verticale urbaine à orientation commerciale. Les supports de culture sont horizontaux, mais disposés sur six étages. L’environnement est parfaitement contrôlé au niveau de la température et de l’hygrométrie. Afin de réaliser d’importantes économies d’énergie, les lumières artificielles utilisées sont de type Leds et permettent une économie d’énergie importante pour une durée de vie des ampoules de 100000 heures. L’investissement initial est toutefois important. D’après les gérants de l’entreprise, FarmedHere a une capacité de production au mètre carré supérieure de 200% par rapport à l’agriculture conventionnelle, et le tout sans apport extérieur d’engrais autre que l’eau d’élevage de tilapias. La capacité de production s’élève à 450 tonnes de plantes à feuilles (basilic, menthe, salades, roquette). La capacité de production du côté piscicole n’est pas précisée.

Farmed here

Un point d’honneur est mis sur la communication vis-à-vis de leur mode de production: cette entreprise florissante prône la vente de poissons sans hormones et de légumes exempts de produits chimiques au profit de la lutte biologique ; elle réutilise 97% de son eau et mise sur l’aspect « local » de leur production qui implique d’une part une réduction très importante du coût en temps et en argent lié au transport des produits ainsi que des créations d’emplois locaux, et d’autre part une fraîcheur remarquable des produits très appréciée par les consommateurs en recherche d’aliments ayant plus de saveur que ce qu’ils peuvent trouver en supermarché. Enfin, les emballages des produits contiennent 90% de plastique en moins par rapport aux emballages de supermarché. Tous ces points positifs sont à ajouter au fait qu’ils possèdent un label bio.

Le business model est basé sur la vente des poissons et des végétaux uniquement, chez des grossistes bios (Whole Foods Market) et des petits supermarchés. D’après Mark Thomman – chef d’exploitation – la demande ne cesse de grossir et les perspectives de croissance de l’entreprise sont très bonnes. Cette entreprise de production aquaponique est si efficace qu’elle pourrait – d’après ses défenseurs – aller au-delà d’un marché de niche, l’idéal étant de « devenir une solution pour l’insécurité alimentaire aux États-Unis, qui affectaient près de 15% des ménages en 2013 » (Mark Thomman).

Urban Organics (USA) ; http://urbanorganics.com

Les entrepreneurs Kristen et Dave Haider, Chris Ames and Fred Haberman sont partis sur la même stratégie que l’entreprise FarmedHere : racheter et rénover un vieux bâtiment à l’abandon, une ancienne brasserie à 6 étages nommée « Hamm’s Brewery » à Saint Paul dans le Minnesota (pour 150000$), leur but étant d’y installer un système aquaponique commercial. Ils cultivent le même genre de végétaux (principalement menthe, basilic, cresson) avec la technique des rafts, sur 3 niveaux, et élèvent des tilapias qu’ils revendent à un grossiste. Ils comptent tenter l’aventure avec des salmonidés. Leurs coûts de production en terme énergétique sont pour le moment trop élevés, mais ils ont pour projet de s’équiper intégralement en Leds de haute efficacité. Ils annoncent être en mesure de produire 326 tonnes d’herbes aromatiques et 68 tonnes de poissons par an, le tout en label biologique. Ils estiment que le marché pour les végétaux et poissons bios produits localement est énorme. Les grossistes bios sont leurs principaux clients.

Urban Organics

Nelson & Pade inc (USA) ; http://aquaponics.com:

Rebecca Nelson et John Pade ont mis au point un système commercial utilisant toutes les techniques hydroponiques, et mixant une stratégie basée sur la production (grande diversité de plantes, avec tilapias) et sur la formation à travers des cours payants, des stages, et même des formations reconnues pour des niveaux master.

Nelson & Pade

Nelson & Pade misent également sur les prestations de bureau d’étude dans le domaine de l’aquaponie, et ont déjà dimensionné, conçu et installé des projets « pilotes » et des systèmes commerciaux « clés en mains » pour des entrepreneurs, notamment Living Food Bank Aquaponic system à Haïti, Greens & Gills LLC (www.greensandgills.com).

 Bright Agrotech LLC (USA) ; http://brightagrotech.com:

Ce système d’aquaponie a été mis au point par Nate Storey qui a conçu des supports de culture verticaux. Ce système permet entre autres la production d’herbes aromatiques et de laitues avec tilapia et/ou poissons ornementaux. La vente des produits se font dans des magasins de proximité. La stratégie de business de Bright Agrotech est basée sur l’expertise en aquaponie, et la vente de leur concept déposé de tours verticales Zip-Grow. Nate Storey anime également une chaîne Youtube très riche en informations technique : https://www.youtube.com/user/BrightAgrotechLLC

Bright Agrotech

Université des Iles Vierges, système UVI (USA)

Le système UVI – évoqué plusieurs fois dans cette synthèse – met en scène des tilapias  et des légumes comme le basilic, la laitue et le gombo en cultures sur rafts. C’est avant tout un système expérimental localisé au sein d’une université aux ïles Vierges. Il a un fonctionnement commercial depuis plusieurs années. Le système occupe une surface de 500 m2 et peut produire 4,2 à 4,8 tonnes de tilapia et 5 tonnes de basilic, et 2,9 tonnes de gombo ou de de laitues par an. Le potentiel immédiat est pour les marchés de niche dans lequel les consommateurs sont prêts à payer un prix plus élevé pour produits de haute qualité. Plusieurs systèmes aquaponiques basés sur la conception UVI ont été construits et fonctionnent efficacement sur des sites tempérés (Australie, Canada, États-Unis) et dans des régions tropicales (Inde, Mexique, Thaïlande.

UVI

Green Acre Aquaponics (USA) ; http://www.greenacreaquaponics.com:

Le business model de Gina Cavaliero est basé non pas sur la production, mais principalement sur la formation  à travers des visites payantes (10$) et des cours payants (1295$ pour trois jours de formation).

Green Acre

JBA International Agritech (Abu Dabhi, Saudi Arabia).

Avec l’expertise du Dr James Rakocy de l’Université des îles Vierges, Jabber Al Mazrouti, entrepreneur saoudien a développé le modèle UVI à grande échelle. Cette ferme de 4000m² se situe en milieu urbain, dans une région désertique. Elle est un parfait exemple d’aquaponie en milieu « extrême ». Des produits très variés sont cultivés : brocolis, salades, aubergines, concombres, tomates, papayes, herbes aromatiques.

Pour le moment, seule une partie du système est fonctionnelle, mais cette ferme a été conçue pour produire l’équivalent de 1200 laitues par jour ! Ainsi, environ 400000 laitues seront récoltées chaque année, pour 25 tonnes de tilapias.

Les coûts de production sont ici assez réduits, puisqu’une seule pompe est utilisée pour l’intégralité du système, les matériaux utilisés sont peu onéreux (système de rafts avec matériaux « low cost »), le taux de remplacement de l’eau est de 1,5% par jour. D’autre part, la main d’œuvre est principalement composée d’une quarantaine d’étudiants « apprentis ». Aujourd’hui, l’entreprise à l’ambition de proposer ses services pour développer des modèles similaires dans d’autres pays, à commencer par l’Espagne, aux îles Canaries.

JBA international


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