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Rencontres de l’aquaponie APIVA

Publié le 8 novembre 2015 sur Aquaponie.net    (Grégory Biton)                http://aquaponie.net/rencontres-aquaponie-apiva/

La semaine dernière a eu lieu le colloque APIVA à La Canourgue en Lozère. Cet événement a rassemblé une bonne partie des acteurs et chercheurs de l’aquaponie en France. J’y étais, et je vous raconte…

Une belle dynamique pour l’aquaponie en France                                 L’événement a sans problème réussi à attirer les intéressés en Lozère en plein hiver… Une soixantaine de participants, d’horizons assez divers. Des chercheurs, des porteurs de projets à vocation commerciale, d’autres à visées éducatives, des visionnaires, des agriculteurs urbains en devenir, des étudiants… Nous avons pu échanger pendant deux jours et découvrir les premiers résultats du projet APIVA, qui s’appuie sur plusieurs sites de recherche expérimentale…

Des sites de recherche en aquaponie                                                                         Les organisateurs (voir la vidéo) et leurs invités nous ont présenté en détail plusieurs installations pilotes : celle du Lycée de La Canourgue en Lozère, celle du Lycée de Guérande en Loire-Atlantique, le pilote de la PEIMA – INRA  dans le Finistère,  le pilote de la station du RATHO dans le Rhône. Bien loin des discours marketing autour de l’aquaponie, du concret ! Nous avons pu voir en détail leur conception technique, les premiers résultats, …ainsi que les difficultés qui subsistent.

Des débats techniques, mais pas que !                                                                      Le colloque a également ouvert sur beaucoup d’autres questions. La rentabilité économique est une des inconnues. Dans quelle conditions, quel type d’installation ? Vu la diversité des possibilités et de types d’installation, la réponse est probablement très liée au contexte particulier de chaque projet.  Cela fait partie des missions du programme APIVA qui apportera des éléments de réponse là-dessus dans les années à venir. Il était aussi très intéressant de faire le tour des réglementations existantes et inexistantes. L’aquaponie n’en est encore qu’à ses débuts en France, et le cadre réglementaire n’est pas encore tout à fait clair. Les futures installations d’aquaponie commerciales devront se conformer à une partie des règles sur l’eau, la pisciculture mais aussi l’horticulture…

Nous n’en sommes qu’au début                                                                                Nous avons pu constater de belles réussites sur les pilotes. Il semble cependant qu’il reste pas mal de chemin à parcourir et de voies à explorer pour améliorer encore la qualité et les rendements. Une chose est sûre, la diversité des approche des participants, et la vision inspirée de chacun nous réserve sûrement de belles surprises ! Attendez-vous d’autres informations complémentaires sur ce sujet ? N’hésitez pas à commenter ci-dessous. Aux autres participants, faites nous part de votre retour ! Avez-vous aimé cet article ? Merci de le partager autour de vous et sur les réseau sociaux pour m’encourager à continuer !

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 La ferme en aquaponie des abattoirs s’étalera sur 4000m2 de toit

Publié le 7 décembre 2015 sur: http://www.lavenir.net/cnt/dmf20151207_00747135

La ferme aquaponique des abattoirs d’Anderlecht sera développée sur près de 4000m2. Elle s’implantera comme prévu sur le toit de la nouvelle halle marchande du Foodmet. On cherche encore le restaurateur qui bénéficiera de ce lien ultracourt entre champ et assiette.

La ferme urbaine, annoncée depuis plus d’un an sur le toit des abattoirs de Cureghem, se dévoile progressivement. Abattoir SA, qui gère l’endroit, annonce en effet que la toiture plate de sa nouvelle halle alimentaire recevra son équipement vert dès 2016.

Il s’agira comme on vous l’avait déjà révélé d’une ferme aquaponique de 4000m2, «première européenne en agriculture urbaine». Précisons que l’aquaponie combine pisciculture et hydroponie pour produire à la fois des poissons et des fruits, légumes et plants aromatiques. Ce sont les déjections des poissons qui font office de fertilisant.

 

La ferme en aquaponie des abattoirs s’étalera sur 4000m2 de toit

La ferme urbaine produira légumes, fruits et… poissons. -AbattoirUn restaurant

Un deal a été signé le 6 octobre entre Abattoir et BIG (Building Integrated Greenhouse), l’entreprise qui louera l’espace de toiture et exploitera la ferme urbaine. Cette dernière est déjà active à Berlin et Bad Ragaz, en Suisse, avec 2 fermes urbaines aquaponiques «de taille similaire» à celle d’Anderlecht.

Par ailleurs, l’aménagement d’un restaurant doté d’une terrasse est également lancé. Son gros œuvre est terminé, mais il cherche encore son exploitant. «Un défi à relever pour celui qui souhaite s’implanter à Bruxelles tout en profitant d’un circuit court du champ à l’assiette», relève Abattoir. «Car il n’est pas possible d’avoir de la marchandise plus fraîche». Nous vous révélions déjà quelques détails de ces projets lors de l’inauguration fin mai 2015 du Foodmet, le nouveau marché couvert de Cureghem.

La ferme en aquaponie des abattoirs s’étalera sur 4000m2 de toit

Le Foodmet, inauguré en mai 2015, a été conçu pour supporter le poids de la ferme. -AbattoirSolidifier

Il a évidemment fallu parer la structure de béton du Foodmet à supporter le poids d’une ferme capable de produire mi-2016 «de façon rentable» sur ces 4000m2 d’aquaponie. ce qui ne va évidemment pas sans quelques précautions puisqu’une toiture n’est pas nécessairement adaptée pour soutenir des centaines de m3 d’aquariums. «Le bureau d’architecture ORG a donc adapté ses plans du Foodmet, dont la stabilité de la construction et l’augmentation de la capacité de charge de la toiture», précise Abattoir.

La ferme en aquaponie des abattoirs s’étalera sur 4000m2 de toit

Cette ferme aquaponique répond en fait à un appel à projets pilotes en matière d’agriculture urbaine lancé par la Région lors de la précédente législature, en 2010. La halle du Foodmet elle-même et son nouvel équipement sont financés par un budget de 18 millions€, dont 7,5 millions via le fonds Feder.

Après cette première enveloppe, Abattoir a aussi reçu un complément de budget Feder de 9 millions pour mener à bien un plan directeur plus global dont fait partie la revalorisation du marché couvert. Ce masterplan est destiné à repenser tout le site, à réimplanter logement et petits commerces dans le quartier et à accroître la mixité de fréquentation, qui s’élève à 100.000 visiteurs par week-end. Un objectif auquel concourent clairement la ferme et le restaurant.

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L’aquaponie, ou comment faire pousser des légumes grâce aux poissons

Publié le 7 novembre 2015 sur Géo 

http://www.geo.fr/environnement/les-mots-verts/agriculture-l-aquaponie-ou-comment-faire-pousser-des-legumes-grace-aux-poissons-158278

Rien à voir avec l’aqua-poney. L’aquaponie consiste à faire pousser des plantes hors-sol (technique dite de « l’hydroponie ») avec de l’eau issue de poissons d’élevage (aquaculture). Concrètement, l’eau des poissons (d’eau douce) passe d’abord entre les mains d’habiles bactéries qui transforment l’ammoniac des déjections animales en nitrate, très apprécié des végétaux. Ces derniers sont cultivés hors-sol (sans terre, donc) et leurs racines barbotent dans l’eau préalablement filtrée. Le nitrate est ainsi englouti par les plantes, qui laissent alors une eau purifiée, ensuite reversée aux poissons. Un mini-écosystème, en somme.

Une technique aux multiples avantages

On ne peut plus écologique, cette méthode ancestrale (« on en retrouve la trace en Amérique centrale chez les Aztèques », dixit l’Institut national de la recherche agronomique) a l’avantage d’être peu gourmande en eau. En effet, l’aquaponie fonctionne en circuit fermé. Autre avantage, elle peut se pratiquer partout, et même au cœur des villes. En témoignent les grands hangars de FarmedHere à Chicago, ou les cultures d’Urban farmers, sur les toits de Zurich. Aussi, cette culture en symbiose ne requiert ni antibiotiques pour les poissons, ni insecticides pour les plantes. Tomates, truites, salades, poivrons… Tout est bio, tout est bon.

À l’étude en France

En France, cette technique agricole reste très marginale. Spécialisée dans la vente de bassins-potagers aquaponiques, la ferme aquacole d’Anjou fait figure d’exception. Son slogan : « Oubliez l’arrosage, le désherbage, les engrais et pesticides… jardinez sans vous baisser et consommez vos légumes frais ! » En parallèle, l’aquaponie est actuellement à l’étude dans le cadre du projet APIVA (Aquaponie innovation végétale et aquaculture) piloté entre autres par le ministère de l’Agriculture et l’Inra. Objectif : « tester et caractériser techniquement et économiquement  différents systèmes aquaponiques en vue d’un transfert de la technologie vers les professionnels ». Lancé au printemps 2015, APIVA devrait s’achever en 2018.

 

 

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Agriculture urbaine: Une activité en quête de statut juridique

Publié le mardi 29 septembre 2015  sur La France Agricole

http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/agriculture-urbaine-une-activite-en-quete-de-statut-juridique-110111.html

« Saf agr’iDées s’est réuni le 28 septembre à Paris pour débattre de l’agriculture intra-urbaine, phénomène grandissant dans notre société.

A cette occasion, Philippe Le Borgne, cofondateur de l’entreprise « Un toit tout vert », a présenté son projet de serre de 1.500 m² à Paris. L’investissement, chiffré à 1,7 million d’euros, devrait permettre d’approvisionner 1.500 personnes avec une production hebdomadaire de 500 paniers par semaine « Nous prévoyons la création d’une société à action simplifiée (SAS) à objet agricole », explique-t-il.

Le statut des porteurs de projets en agriculture intra-urbaine pose question. « Juridiquement, l’activité agricole n’a pas de frontière à partir du moment où elle répond aux critères de l’activité agricole posés à l’article L. 311-1 du code rural », explique Benoît Grimonprez, maître de conférence à l’Université de Poitiers. Toutefois, cette activité doit permettre de tirer un bénéfice, son principe étant de produire pour vendre. Les jardins familiaux cultivés sur les toits de Paris ne sont donc pas considérés comme étant une activité agricole proprement dite.

Nombreuses sont les structures où le statut juridique pose un problème. La plupart des projets sont à but non-lucratif avec, par exemple, l’organisation de conférence, de visites scolaires… « La vocation agricole de ces projets est ambigüe. Sans oublier que, si l’on veut considérer l’agriculture intra-urbaine comme une activité agricole, elle devra être sujette aux mêmes avantages et contraintes que ceux qui encadrent la profession agricole dans l’espace rural », poursuit Benoît Grimonprez. En attendant, les projets professionnels se multiplient et il devient urgent d’encadrer ces activités.  »

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La Canourgue, une nouvelle serre innovante inaugurée au Legtpa

Publié le 3 AOût 2015  sur Midi Libre

Un article qui est sorti à cette occasion dans le journal Midi Libre

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La révolution aquaponique aura t-elle lieu?

Publié le  22 mai 2015 sur Slate (Auteur: Chisato Goya)

https://www.slate.fr/story/101401/poissons-plantes-bacterie-revolution-aquaponie

Une méthode millénaire, qui consiste à créer un écosystème pour faire pousser des plantes et élever des poissons, est en train de retrouver ses marques.

Berlin, Londres, Abou Dhabi, Chicago, Vancouver, Honolulu… Les fermes aquaponiques s’installent un peu partout dans le monde. Mais d’où vient cette méthode de culture, baptisée «aquaponie», combinant élevage de poissons d’eau douce et production de plantes hors-sol ? «Cette technique est aussi vieille que l’agriculture. Elle est utilisée depuis longtemps dans les rizières en Asie, et bien avant cela par les Mayas», deux millénaires avant J.-C., rappelle Nick Savidov, un expert canadien en aquaponie.

«Dans les années 1940, les progrès de l’industrie chimique ont conduit à l’émergence d’engrais synthétiques permettant d’accroître les rendements. Mais cette approche n’est pas durable. Nous revenons donc à des systèmes plus naturels utilisés avant l’émergence de l’agriculture moderne», résume le directeur des recherches en charge du développement de solutions bio-industrielles au ministère de l’Agriculture de la province de l’Alberta (Canada). «C’est la pression de l’opinion publique il y a une trentaine d’années, sa méfiance envers les OGM et les pesticides notamment, qui a joué un rôle moteur dans ce changement de paradigme», souligne-t-il.

 Écologique

Aquaponie rime donc avec nature. Et ses avantages écologiques sont nombreux. Son principe? Celui d’un écosystème miniature où interviennent trois populations interdépendantes –poissons, végétaux et bactéries– et que l’on peut décomposer en quatre grandes étapes. Survolez l’image interactive ci-dessous pour savoir comment ça marche!

 Un fonctionnement simple en apparence, mais en vérité assez complexe. Trouver le bon équilibre entre les trois élevages, qui ont tous des préférendums différents (c’est-à-dire qu’ils atteignent leur développement optimum grâce à des températures ou éclairages différents, ndlr), prend du temps. Cet équilibre est pourtant indispensable pour atteindre une productivité élevée et un bon recyclage de l’eau, qui circule en cycle fermé et en continu.

Par ailleurs, le mécanisme de l’aquaponie lui-même interdit l’usage d’insecticides et d’antibiotiques, puisque ces derniers tueraient les bactéries, partie intégrante de l’écosystème. Les produits récoltés, 100% naturels, sont-ils donc biologiques? «Non, ils ne peuvent pas recevoir le label bio, puisque, selon la réglementation européenne, un produit bio doit être issu d’une culture en pleine terre», explique Jean-Yves Mével, professeur en ingénierie aquacole à l’Université des Émirats arabes unis.

Bio ou pas, leurs bienfaits pour la santé sont bien là. «Les produits cultivés dans un système aquaponique ont des teneurs en calcium et en magnésium plus élevées et contiennent beaucoup moins de nitrates. Or, selon certaines études, l’excès de nitrates augmenterait les risques de cancer», déclare Ton Boekestyn, un floriculteur à St. David’s, dans la province de l’Ontario (Canada), qui vient d’ouvrir une ferme aquaponique d’environ 2.600 mètres carrés à Niagara-on-the-Lake.

À

Des plans de basilic dans la ferme aquaponique du Brooks Research Center (province de l’Alberta, Canada) | Nick Savidov/Alberta Department of Agriculture and Rural Development

Et ce n’est pas le seul atout de l’aquaponie: économie d’eau de 80% à 90% par rapport aux méthodes d’agriculture classiques, réduction générale de l’empreinte énergétique nécessaire à la production de nourriture, réduction de la pollution causée par l’élevage de poissons, production locale donc faibles émissions en CO2 liées aux transports…

Manque d’expertise

Avec tous ces points positifs, qu’attendent les professionnels des filières aquacoles et horticoles pour s’y convertir? Difficile de l’envisager pour l’instant, puisque le secteur de l’aquaponie n’est pas encore arrivé à maturation…

Hormis quelques publications à l’origine du développement de l’aquaponie (les travaux effectués dans les années 1990 par l’Institut New Alchemy, ceux de l’Université d’État de Caroline du Nord, aux États-Unis, et ceux menés plus récemment par l’équipe de James Rakocy à l’Université des Îles Vierges), la littérature scientifique en matière d’aquaponie n’est pas encore très fournie. C’est de ce constat qu’est né en France le projet Apiva (AquPonie Innovation Végétale et Aquaculture), soutenu par le ministère de l’Agriculture depuis mars 2015 sur une durée de trois ans et qui implique, entre autres, l’Institut National de la Recherche Agronomique (Inra), la station horticole du RATHO, l’Institut Technique de l’AVIculture (ITAVI) ou encore le lycée agricole de la Canourgue (Lozère).

Petites fermes de particuliers sans systèmes de monitoring

«On parle beaucoup d’aquaponie, mais si on veut des données précises et validées d’un point de vue scientifique sur les types de végétaux pouvant être cultivés, sur le juste équilibre entre les trois élevages associés, on a peu d’informations», regrette Laurent Labbé, manager du projet APIVA et directeur de la PEIMA (Pisciculture Expérimentale Inra des Monts d’Arrée). L’objectif d’APIVA est donc de «tester et d’évaluer les différents systèmes aquaponiques pour envisager un transfert de technologie vers les professionnels», ajoute l’ingénieur récompensé en 2014 par les lauriers Inra.

Sur le terrain, ce ne sont pas les cultures aquaponiques qui manquent. Mais «la plupart d’entre elles vendent leurs produits sur des marchés fermiers locaux à des prix assez élevés», note le chercheur Nick Savidov. Par ailleurs, «ce sont souvent des amateurs qui n’ont ni d’expertise en pisciculture, ni d’expertise en culture sous serre», affirme Ton Boekestyn dont la ferme aquaponique est à 65% consacrée à la production de laitues. Ces petites fermes de particuliers ne sont donc pas équipées de systèmes de monitoring qui permettraient de récolter des données puis de les analyser.

Ce manque d’expertise scientifique, le professeur Jean-Yves Mével l’a aussi bien remarqué:

«On pourrait avoir des systèmes vraiment performants, si par exemple une société regroupait tous les savoir-faire nécessaires en aquaponie, c’est-à-dire des ingénieurs hydrauliques, des bons designers de serres, des horticulteurs, des pisciculteurs… Mais ça n’existe pas pour le moment.»

Micro-marché

Pas étonnant que peu d’entreprises veuillent s’y aventurer. Car, d’un point de vue économique, là aussi, les référentiels font défaut… Quelques estimations circulent néanmoins chez les spécialistes. «Quelqu’un qui sait bien faire fonctionner le système peut gagner 50 centimes de dollar par mètre carré de plantes par jour», lance le chercheur au département d’agriculture en terres arides à l’Université des Émirats arabes unis.

 Sans fournir de chiffres précis, Ton Boekestyn, qui espère produire 50 tonnes de truites arc-en-ciel ainsi que 600.000 plantes par an, nous confie que, pour «monter un système de production intensif, l’investissement de départ est conséquent. Ça peut aussi se faire avec un capital de départ plus petit mais, dans ce cas-là, les rendements seront plus faibles». «Près d’un million d’euros pour 1.000 mètres carrés», avançait pour sa part Werner Kloas, professeur à l’Institut Leibniz de l’écologie d’eau douce et de la pêche continentale (IGB) en Allemagne, dans un article de La Tribune publié en avril 2014. Mais«plus les fermes sont grosses, plus les coûts sont réduits», précisait-il.

Quelqu’un qui sait bien faire fonctionner le système peut gagner 50 centimes de dollar par mètre carré de plantes par jour

Pr. Jean-Yves Mével, chercheur à l’Université des Émirats arabes unis

La révolution aquaponique n’aura donc pas lieu de sitôt. Et encore moins dans des pays comme la France, où les infrastructures agricoles sont déjà bien rodées, selon Jean-Yves Mével:

«Il y a un intérêt pour les pays en voie de développement. En France, ça restera un micro-marché. Un restaurant à Paris qui aurait sa propre culture aquaponique au-dessus du toit et vendrait ses plats avec une valeur ajoutée. Ou encore un producteur dans un petit village qui rassemblerait un groupe de consommateurs éclairés.»

Un avis partagé par l’ingénieur de l’Inra Laurent Labbé, qui ne s’attend aucunement à«une nouvelle révolution agricole. On est dans un marché de niche, qui peut être très bien valorisé en zones urbaines, car il n’y a pas besoin de beaucoup d’eau, ni de beaucoup d’espace». Pour l’expert en aquaponie Nick Savidov, le seul moyen pour que le secteur de l’aquaponie devienne compétitif serait que «les grandes firmes agroalimentaires intègrent dans leurs circuits de production des cultures aquaponiques».

Quoi qu’il soit, le chercheur canadien veut y croire. Car, de l’autre côté de la frontière, aux États-Unis, leader mondial de l’aquaponie, l’entreprise FarmedHere, créée en 2011 et basée à Bedford Park (Illinois), pas très loin de l’aéroport international Midway de Chicago, fait figure d’exception. Par sa taille: près de 9.000 mètres carrés de surface de cultures, qui en font la plus grande infrastructure aquaponique au monde, selon un article de Greenbiz.com. Par sa productivité intensive: plusieurs milliers de tilapias et 50 tonnes de légumes par an. Par sa technologie ultra-sophistiquée: éclairage artificiel (lampes fluo et lampes LED), qui permet de faire fonctionner le système 24 heures sur 24.

Mais, en réalité, d’après Nick Savidov, l’important est ailleurs:

«On doit sensibiliser les gens, leur montrer qu’il existe des manières plus écologiques de produire la nourriture. L’aquaponie n’est qu’un exemple parmi d’autres, estime le scientifique. C’est le concept derrière l’aquaponie, celui de recycler, de réutiliser ce que l’on considère comme des déchets, d’utiliser les ressources naturelles à bon escient. C’est cette attitude que l’on doit adopter.»

L’expert canadien en aquaponie nous révèle d’ailleurs qu’un système d’élevage similaire, mais cette fois-ci avec des poulets, est actuellement testé dans la province de l’Alberta (Canada). Voilà qui pourrait peut-être aider à nourrir les 10 milliards d’humains qui peupleront la Terre en 2050. »

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L’aquaponie révolutionne l’agriculture des villes de demain

Publié le  11 mars 2015 sur Actu-Environnement

http://www.actu-environnement.com/ae/news/aquaponie-agriculture-poisson-hydroponie-apiva-24066.php4

« L’association de l’aquaculture et de l’hydroponie a de quoi séduire sur le papier. Pour estimer son potentiel et les conditions nécessaires à son développement, la France a lancé le projet Apiva.

A Bâle en Suisse, une ferme implantée sur un toit plat fournit poissons frais et fruits et légumes aux restaurants et habitants du quartier. Une solution pour manger local et « bio » tout en limitant les besoins en eau et en terre. Pour réussir ce pari, le système d’exploitation repose sur le principe de l’aquaponie : association d’aquaculture et d’hydroponie. L’idée est simple : arroser des cultures hors-sol par l’eau d’élevage des poissons. Les composés azotés et phosphorés rejetés par les poissons sont de l’engrais pour les plantes cultivées.

Un écosystème complexe

Si l’idée est simple, la mise en œuvre est complexe. Une grande partie de l’azote rejeté par les poissons l’est sous la forme ammoniacale, toxique pour eux et peu valorisable par les plantes. Une étape intermédiaire doit donc entrer dans le système pour transformer l’azote ammoniacal en nitrites, puis les nitrites en nitrates, forme beaucoup moins toxique pour l’élevage aquacole et valorisable par les plantes. Des bactéries permettent ces transformations. L’aquaponie est donc un écosystème où interviennent trois types d’organismes radicalement différents (poissons, plantes, bactéries), qui doivent cohabiter. L’enjeu principal est de trouver le juste équilibre entre la population de poissons, la nourriture apportée, la population bactérienne et la végétation cultivée, et ce dans la durée.

La France s’intéresse au concept

Si l’Amérique du Nord et l’Australie ont déjà une bonne longueur d’avance sur le sujet, l’Europe commence à s’y intéresser avec l’Allemagne en leader. En France, le projet Apiva (Aquaponie innovation végétale et aquaculture) a pour ambition de tester les performances de cette technique et d’aboutir à des données de dimensionnement technico-économique. Le but est de transférer ces connaissances aux filières aquacoles et horticoles. L’aquaponie peut en effet intéresser les professionnels de l’horticulture qui souhaitent diversifier leurs activités via une coproduction poissons/végétaux, tout en faisant des économies en intrants minéraux et en optimisant l’utilisation en eau et en énergie. L’installation de serres de cultures en lien avec un élevage piscicole, en vue de l’abattement partiel ou total des rejets azotés et phosphorés dans l’environnement est une autre voie d’application potentielle qui reste à valider.

Le projet Apiva réunit différents acteurs de la filière piscicole et horticole : l’Institut technique avicole, cunicole et aquacole (Itavi), la station horticole du Ratho, l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), le lycée aquacole de la Canourgue, et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

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Aquaculture: L’aquaponie testée en France

Publié le  10 Décembre 2014 sur Journal de l’Environnement (Auteur: Romain Loury)

http://www.actu-environnement.com/ae/news/aquaponie-agriculture-poisson-hydroponie-apiva-24066.php4

L’aquaponie, technique reposant sur une symbiose entre poissons d’élevage et plantes cultivées, résoudra-t-elle le problème de pollution engendrée par l’agriculture et l’aquaculture? Après de premiers essais prometteurs à l’étranger, un projet, dénommé APIVA (Aquaponie innovation végétale et aquaculture), est en cours en France.

Evolution récente, la consommation de poisson, en hausse constante à travers le monde, est désormais moins le fait de la pêche que de l’aquaculture. Or cette dernière aura du mal à se développer en raison des problèmes environnementaux qu’elle pose, notamment de forts besoins en eau et des rejets importants d’ammoniac et de phosphore.

D’où l’intérêt de l’aquaponie, «système d’élevage qui permet de lever deux freins: la disponibilité en eau et le rejet des effluents de poisson dans le milieu», explique Laurent Labbé, directeur de la station Peima (Pisciculture expérimentale Inra des monts d’Arrée) à Sizun (Finistère). Une technique ancestrale dont on retrouve la trace en Amérique centrale chez les Aztèques et dans les rizières asiatiques, explique l’Institut national de la recherche agronomique (Inra).

Trois sites d’étude

Des études d’aquaponie ont déjà eu lieu aux Etats-Unis, au Canada, en Allemagne et aux Pays-Bas, avec des résultats très intéressants. C’est au tour de la France de s’y mettre, avec ce projet APIVA financé par le Casdar (compte d’affectation spéciale pour le développement agricole et rural, ministère de l’agriculture) à hauteur de 1 million d’euros pour une durée de 36 mois.

La technique va été testée sur trois sites, à savoir le Peima, le lycée agricole de La Canourgue (Lozère) et la station horticole du Ratho (Institut technique de l’horticulture) à Brindas (Rhône). Deux systèmes sont à l’étude, un premier couplant truites (poissons d’eau froide) et laitue, un second associant tilapias (poissons d’eau chaude) et basilic.

Des nitrates à partir de l’ammoniac

Dans leur bassin, les poissons rejettent de l’ammoniac et du phosphore. Au lieu d’être évacuée dans le milieu comme c’est le cas avec l’aquaculture classique, cette eau va être filtrée de manière mécanique, puis biologique. En l’occurrence dans une cuve contenant des bactéries fixées sur des supports plastiques: d’abord Nitrosomas spp., qui transforme l’azote ammoniacal et l’urée en nitrites, puis Nitrobacter spp., qui transforme les nitrites en nitrates -assimilables par les plantes.

Cette eau est ensuite réintroduite dans le bassin aquacole, tandis qu’une partie va alimenter les cultures végétales, cultivées hors-sol –en hydroponie. Outre l’élimination des déchets animaux et des intrants végétaux, ce système clos permet de faire chuter les besoins en eau: «pour 1 kg de truites, l’aquaculture classique a besoin de 50 à 100 m3 d’eau, tandis qu’avec l’aquaponie, on peut descendre jusqu’à de 0,5 à 5 m3», explique Laurent Labbé, qui coordonne APIVA pour l’Inra.

Une expérience pilote

Pour l’instant, les expériences en cours portent sur «2 tonnes de poissons et une centaine de mètres carrés de production végétale», explique le chercheur. «C’est une expérience pilote de petite taille, afin de voir s’il est possible de passer à des tailles beaucoup plus importantes», ajoute-t-il. APIVA comporte d’ailleurs un volet économique, qui évaluera quelle surface végétale peut être cultivée pour une quantité donnée d’aliments apportés aux poissons.

Si son intérêt était confirmé, la technique pourrait aussi bien servir pour de grandes surfaces végétales en milieu rural que pour de plus petites en milieu périurbain, prévoit Laurent Labbé.

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La Canourgue: des lycéens expérimentent l’aquaponie

Publié sur Midi Libre en 2014 (Auteur: Elodie Calas)

http://www.midilibre.fr/2014/06/16/experience-aquaponique-au-lycee-canourguais-de-nouveaux-metiers-a-la-cle,1008694.php

La Canourgue : des lycéens expérimentent l'aquaponie
L’une des expérimentations étudie l’association truite-laitue.

D. R.

L‘association d’une production végétale avec une espèce animale, c’est le projet expérimenté par le lycée lozérien.

Tout est parti d’un constat. « On s’est rendu compte, parce qu’à La Canourgue on est en relation avec la profession aquacole, que les aquaculteurs doivent faire face à la problématique des effluents générés par les poissons, qu’ils ont du mal à traiter. Il y a une prise de conscience pour agir sur ces polluants. » Catherine Lejolivet est enseignante en aquaculture au lycée Louis-Pasteur de La Canourgue. Depuis 2011, elle tente d’apporter une solution à cette problématique à travers la notion d’aquaponie. « C’est la contraction de deux mots, aquaculture et hydroponie : l’association du végétal avec une espèce animale. Ces deux productions en synergie doivent permettre de bénéficier de leurs compétences respectives autour d’un bien commun : l’eau. »

Soutenue dans sa démarche par la direction de l’établissement public local d’enseignement et de formation professionnelle agricole Lozère (EPLEFPA), Catherine Lejolivet a obtenu un tiers-temps pour conduire le projet d’expérimentation Apiva (pour Aquaponie innovation végétale et aquacuture). « Grâce à ce tiers-temps, un travail en réseau avec différents acteurs s’est engagé. Et le projet ayant bien abouti, le tiers-temps a pu être renouvelé pour une année supplémentaire », se satisfait Renée Heim, directrice adjointe de l’EPLEFPA.

De nouveaux métiers à la clé

« À terme, ce projet permettra de former des jeunes à de nouveaux métiers avec débouchés. Et dans un second temps, nous travaillons sur l’idée d’une pépinière dans le cadre de l’installation d’agriculteurs, avec un axe aquaponie à développer. » Pour Sophie Pantel, vice-présidente de la Région, l’intérêt pour le Languedoc- Roussillon de subventionner Apiva s’inscrit sur le long terme. Car si la conduite de ce programme expérimental génère une valeur ajoutée aux formations dispensées par l’établissement canourguais, elle donne surtout aux élèves la possibilité de s’approprier des modèles aquacoles innovants et donc de se préparer à de nouveaux emplois associant productions de végétaux et de poissons. Dès l’issue de l’expérimentation, « dans deux ans et demi, des sessions de formation technique sur site seront organisées », annonce déjà Catherine Lejolivet. Les porteurs de projet désireux de développer certaines cultures pourront ainsi être accompagnés.

« C’est une réflexion globale, pensée à plus long terme »

Et la force de cette expérimentation réside dans son double intérêt, tant pour les aquaculteurs que pour les horticulteurs. « Les végétaux agissent comme des filtres naturels sur les effluents des poissons et affinent la qualité de l’eau. Mais le phénomène intéresse aussi le domaine horticole qui fait habituellement appel à des matières minérales dissoutes. Ils peuvent désormais envisager l’alimentation des plantes avec les effluents des poissons et éviter l’utilisation d’intrants chimiques », développe la spécialiste.

Le programme, précurseur, s’inscrit parfaitement dans les injonctions récentes du gouvernement, qui défendent l’idée d’une transition agro-écologique. « Les performances environnementales et économiques sont pensées à la source et ne sont pas empilées. C’est une réflexion globale, pensée à plus long terme. » Pour Renée Heim, les enjeux du programme expérimental sont collectifs. « C’est une belle expérimentation. Et une chose rare dans l’enseignement agricole ! » Et le lycée Louis-Pasteur de La Canourgue est l’un des acteurs clés du projet. « C’est le seul lycée agricole qui ait réussi à fédérer autant de matière grise ! » Catherine Lejolivet a bien de quoi être fière.


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